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Onze d'Or 1995-1996 10

Auxerre 1996 : Le doublé historique de Guy Roux

Retour sur l'exploit improbable de l'AJ Auxerre, champion de France et vainqueur de la Coupe en 1996. La fierté éternelle du petit poucet bourguignon.

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Le printemps 1996 a un parfum particulier, un mélange d'herbe fraîchement coupée, de friture près du canal de l'Yonne et d'un sentiment d'invincibilité qui flotte sur la ville. Pour nous, amoureux du football de terroir, l'AJ Auxerre de cette année-là n'est pas seulement une équipe : c'est un miracle permanent, une leçon de patience et d'exigence signée par un homme au bonnet légendaire, Guy Roux. En cette saison 1995-1996, le petit poucet bourguignon a fini de manger à la table des grands ; il a renversé la table, s'emparant d'un doublé Coupe-Championnat que personne n'avait vu venir. ## L'Abbé-Deschamps, le jardin de l'impossible Tout commence sur cette pelouse de l'Abbé-Deschamps, un stade sans piste d'athlétisme où le public respire avec ses joueurs. À Auxerre, on ne fait pas de bruit, on travaille. L'identité du club est là, dans cette modestie érigée en système de performance. Guy Roux, l'architecte, le patriarche, l'économe, a bâti un effectif qui ressemble à une horloge suisse. Ce n'est pas une équipe de stars achetées à prix d'or, c'est un alliage entre des enfants du cru et des recrues venues chercher ici une rigueur qu'on ne trouve nulle part ailleurs. L'arrière-garde est un mur de certitudes. Sous les ordres du capitaine Franck Silvestre, l'immense Néerlandais Frank Verlaat apporte une sérénité impériale. Derrière eux, Lionel Charbonnier réalise la saison de sa vie, capable de parades réflexes qui découragent les plus grands attaquants de Division 1. Sur les côtés, le labeur n'est pas un vain mot. Stéphane Mahé court pour trois, incarnant cette volonté auxerroise de ne jamais rien lâcher, même quand le vent souffle de face. ## Une symphonie de talent et de sueur Mais c'est au milieu de terrain que la magie opère vraiment. L'élégance de Sabri Lamouchi, arrivé de l'ombre pour devenir le métronome du championnat, se marie à merveille avec le volume de jeu de Corentin Martins. Le "Petit Prince" breton distribue les caviars, orientant le jeu avec une clairvoyance qui confine au génie. Sur les ailes, c'est la foudre : Bernard Diomède, le virevoltant, et Christophe Cocard, l'enfant terrible du centre de formation, percutent sans relâche. Pierre Laigle, infatigable piston, assure cet équilibre précaire entre l'attaque à tout va et la rigueur tactique. Et puis, il y a la pointe de l'épée. Stéphane Guivarc'h, arrivé de Brest via Guingamp, devient le tueur silencieux. Dans son sillage, Pascal Vahirua ou Lilian Laslandes apportent leur pierre à l'édifice. Auxerre ne gagne pas par hasard, Auxerre gagne par usure, par discipline et par un talent offensif qui éclate lors de soirées européennes ou de chocs contre le PSG de Raï. ## Le sacre de Paris et l'apothéose nîmoise Le mois de mai 1996 restera à jamais gravé dans les mémoires de l'Yonne. Le titre de champion de France se dessine dans une lutte épique contre le Paris Saint-Germain et l'AS Monaco. Le match nul décroché à Guingamp lors de l'ultime journée valide l'incroyable : l'AJA est sur le toit de la France. Une petite ville de 40 000 habitants qui devance les métropoles, c'est l'essence même du football romantique que nous chérissons tant. Mais le destin veut que cette saison soit historique jusqu'au bout. Le 4 mai, dans un Parc des Princes chauffé à blanc pour la finale de la Coupe de France, les "petits" de Guy Roux font face aux "Crocodiles" de Nîmes Olympique, alors en National. Dans une ambiance de kermesse fraternelle, Laurent Blanc – arrivé en renfort de luxe pour stabiliser la défense – et Lilian Laslandes offrent la victoire (2-1). Le doublé est scellé. Les larmes de Guy Roux sur le banc, son étreinte avec ses fidèles adjoints, tout cela raconte l'histoire d'un club familial devenu une machine de guerre. Ce soir-là, la France entière était un peu auxerroise, bercée par l'idée que le travail, la formation et l'amour du maillot pouvaient encore renverser des montagnes. Une épopée éternelle.

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